TOUT, TOUT, TOUT SUR LE LOUP !

Les chiens de protection des troupeaux sont utilisés en Europe depuis plus de 2’000 ans pour prévenir la déprédation des loups sur le bétail. Ils sont ainsi parmi les derniers chiens domestiques à rester en contact avec leur ancêtre (le loup) et les deux espèces se retrouvent en constante interaction sur les pâturages, soit indirectement (contacts olfactifs, visuels ou audios) ou directement (rencontres physiques).

Dans les Alpes, la déprédation par le loup sur les moutons en pâturage extensif est un défi sérieux pour les propriétaires de bétail et les bergers, et les pertes sont en augmentation malgré l’utilisation répandue des chiens de protection. Il devient ainsi urgent de déterminer la nature, la fréquence et le résultat des interactions entre chiens de protection et loups afin d’enrichir notre compréhension et d’optimiser les la protection des troupeaux dans le contexte pastoral alpin.

Notre projet CanOvis utilise la technologie d’imagerie thermique pour nous permettre d’observer directement des événements se produisant sur les pâturages estivaux de nuit et d’explorer les réponses comportementales des chiens à la présence du loup. Après six années et 3’300 heures d’observations nocturnes en direct, une partie de nos résultats vient d’être publiée dans le Journal of Vertebrate Biology. Nos données suggèrent que les interactions chiens de protection-loups sont complexes et ne surviennent pas uniquement dans les alentours directs des troupeaux. Nous recommandons ainsi d’utiliser des groupes de plus de six chiens et de renforcer la présence de ces derniers sur un plus grand rayon autour du troupeau pour limiter les groupes de moutons isolés et améliorer la protection contre les attaques de loup.

Retrouvez l’article complet en anglais (traduction française à venir) ici:

Jean-Marc Landry, Jean-Luc Borelli, Marine Drouilly “Interactions between livestock guarding dogs and wolves in the southern French Alps,” Journal of Vertebrate Biology, 69(3), 20078.1-18, (1 December 2020)

Le loup: Mieux le connaître pour mieux coexister

“Un loup n’est pas égal à un autre loup.”

Depuis 2013, nous étudions les interactions nocturnes du loup avec le système agropastoral, à savoir les troupeaux, les chiens ou autres moyens de protection. Pourquoi certains troupeaux subissent des dommages conséquents tandis que d’autres restent efficacement protégés? Voilà l’une des questions auxquelles nous essayons de répondre à travers le projet de recherche CanOvis. Nos observations démontrent que le principal facteur de vulnérabilité reste bel et bien le loup lui-même. Ce n’est pas parce qu’un individu saute par-dessus un filet électrifié que tous le feront, y compris au sein du même groupe familial.

Nos recherches nous ont amené à proposer une nouvelle manière d’aborder la protection des troupeaux, en considérant la prédation du loup comme un aléa naturel s’inscrivant au sein d’un concept plus large de prévention et de gestion des risques environnementaux. C’est ce que nous appelons le “risque naturel loup”.

Nous sommes heureux de vous présenter aujourd’hui une partie de nos résultats, publiés par la revue Forêt.Nature. Pour en savoir plus, cliquez ici!

Le loup: Mieux le connaître pour mieux coexister

Voeux 2018

Chères amies, chers amis,

Chères et chers collègues, donatrices, donateurs & sympathisant(e)s,

Alors que l’année 2017 me paraît avoir filé à la vitesse de la lumière, j’avais envie de partager quelques réflexions avec vous.

Nous sommes tous conscients de vivre une période de changements profonds. Alors que, de toute son histoire, Homo sapiens n’a sans doute jamais été aussi éloigné de la Nature, allant jusqu’à oublier qu’il est, lui aussi, un animal, voici qu’elle tend à se rappeler à lui. Pas uniquement via de nombreux bouleversements climatiques à travers le monde, mais aussi, plus simplement, lorsqu’elle reprend ses droits et qu’une espèce comme le loup pointe le bout de son long museau sur d’anciens territoires desquels il s’était vu purement et simplement exterminer, nous remémorant que bien des choses échappent encore à notre contrôle.

Cependant, nous vivons également une époque formidable, car elle nous met face à de redoutables défis et nous offre simultanément de nouveaux moyens permettant de les relever. La protection des troupeaux en est un excellent exemple : alors que le retour du loup se fait challenge lorsqu’il s’agit de permettre sa coexistence aux côtés des activités humaines, le recours aux nouvelles technologies (telles les caméras thermiques, révélatrices du monde de la nuit) se produit parallèlement. Il rend également possible la création de dispositifs de protection révolutionnaires (comme le collier répulsif) et nous ouvre l’accès à une somme d’informations telle qu’elle révolutionne entièrement nos connaissances sur l’écologie comportementale de l’espèce en milieu agropastoral.

La science « bien faite », c’est-à-dire ouverte au monde, et surtout, à tout le monde, me semble avoir un rôle prépondérant à jouer en la matière.

En effet, l’acquisition de connaissances fait partie des moyens dont nous disposons pour concrétiser des projets, passer de l’hypothèse à l’évidence et engendrer des solutions. Non, nous ne sommes pas condamnés à aller dans le mur. Non, il n’est point de fatalité si grande que nous ne puissions lutter.

Nos actions quotidiennes ont des conséquences directes sur l’avenir du pastoralisme, comme sur celui du loup. La pérennité de l’un comme de l’autre dépendent de la place que nous sommes disposés à leur consacrer et des efforts que nous voulons bien consentir en vue de leur préservation. A l’heure où la mondialisation et la rentabilité peuvent diriger presque entièrement le contenu de notre assiette, choisir des produits locaux issus d’une agriculture extensive et respectueuse de l’environnement est l’une des nombreuses manières de se positionner, jour après jour, en faveur du maintien de la biodiversité. Il me faut ici rappeler que nos choix de consommation ont bien plus d’impact sur l’avenir du pastoralisme que la présence du loup.

Aujourd’hui, le message que je porte au travers de ma fondation me paraît représenter une issue valable à la plupart des conflits où il s’agit d’intégrer quiconque diffère ou perturbe. Le moment est venu d’emprunter sereinement la troisième voie, parce qu’il est grand temps de faire la paix avec la Nature !

Après tout, même les esprits les plus obtus ont bien fini par accepter que la Terre était ronde et que l’univers abritait bien d’autres galaxies que la notre !

On finira donc aussi par admettre qu’il est possible de protéger les troupeaux, de considérer nos bergers, notre pastoralisme, notre agriculture et les denrées qui en sont issues à leur juste valeur et de partager notre environnement avec les innombrables espèces dont on tend à se débarrasser, ici ou ailleurs, et dont le loup est à mes yeux l’ambassadeur…

Pour mettre en place ce qui doit l’être, nous avons choisi de rester neutres et objectifs, raison pour laquelle nous avons créé, avec mon équipe, une fondation reconnue de pure utilité publique. Nous dépendons donc entièrement de donateurs privés et vous remercions d’avance de votre soutien à nos actions. Pour en savoir plus ou faire un don, rendez-vous sur : www.fjml.life. D’avance, je vous en remercie de tout cœur.

Tous mes vœux, à chacune et chacun, pour cette nouvelle année !

Jean-Marc LANDRY